MOUVEMENTS DE CAMERA


Si il apporte une dynamique indéniable à une séquence, un mouvement n’est jamais gratuit et doit avant tout pouvoir se justifier. De plus, il est souvent difficile à mettre en œuvre car il demande du temps et de l’expérience. Mais en contrepartie, un mouvement réussi donne une autre dimension à un film.


Panoramique
Le panoramique est le mouvement le plus simple à réaliser. La caméra ne se déplace pas ; fixée sur un trépied elle effectue une rotation soit autour de son axe vertical (panoramique horizontal ou pan) ou horizontal (panoramique vertical ou tilt). La caméra restant fixe, le panoramique n’entraîne pas de changement de perspective, mais il peut couvrir facilement un espace important. Son rôle est généralement descriptif : c’est une bonne alternative à une série de plans fixes. Il permet notamment de parcourir des espaces qui ne rentrent pas dans un rapport d’image classique (4 :3 ou 16 :9), de décrire un paysage (plan de situation), de suivre facilement une action, ou encore d’indiquer implicitement un lien entre deux ou plusieurs éléments. Le panoramique reste souvent un mouvement lent, faute de quoi vous risquez de désorienter vos spectateurs et de leur donner la nausée.
Un panoramique requiert un bon trépied à tête fluide : le mouvement doit être parfaitement limpide et éviter les sautes, être amorti en début et en fin. L’utilisation d’une longue focale amplifie les mouvements ; le balayage paraît certes plus important, mais le moindre sursaut ne pardonne pas. L’utilisation d’une courte focale (grand angle) est donc recommandée dans le cas ou la stabilité du mouvement est critique.


Travelling
Le travelling est le terme générique pour un mouvement qui implique une translation horizontale de la caméra. On distingue les travellings avant et arrière (aussi appelés dolly en anglais ) et les travellings latéraux (aussi appelés tracking en anglais). Lors d’un travelling avant, la caméra avance en visant un point fixe ; ce mouvement permet de rentrer dans l’action ou d’explorer un espace. Le mouvement est inversé pour le travelling arrière : on se retire ainsi d’un lieu, ce conclut une séquence. Contrairement à un zoom (qui n’est pas à proprement parler un mouvement de caméra car c’est la focale qui varie), le travelling avant et arrière présente une variation de perspective, au fur et à mesure de l’avancée de la caméra. Dans un travelling latéral, la caméra est orientée de 90° par rapport à son déplacement. Ce mouvement est souvent utilisé pour suivre un personnage se déplaçant:; encore une fois, il offre l’avantage par rapport à un panoramique horizontal, d’induire un changement de perspective. Car la clé d’un bon mouvement de caméra réside dans l'amplification de notre perception de la perspective . Nous évoluons dans un espace tridimensionnel que la caméra décrit en une image bidimensionnelle : il faut en contrepartie compenser cette perte de profondeur en amplifiant la perspective. Si vous réalisez un travelling avant dans un large couloir ou les murs sont éloignés de la caméra, vous obtiendrez peu de perspective. Ajoutez quelques objets sur le chemin de la caméra (meubles, plantes…) et aussitôt le mouvement prend toute son ampleur, ces objets ayant une incidence sur notre perception de l’espace. Concernant la mise au point, un travelling avant ou arrière est souvent réalisé au grand angle, la distance entre l’objectif et le sujet variant continuellement (petit rappel ; plus la focale est courte, plus la profondeur de champs est élevée). Si les cinéastes privilégient le travelling avant-arrière au zoom, ils associent parfois les deux dans ce que l’on appelle un plan Vertigo, du nom du film d’Alfred Hitchcock. La synchronisation parfaite entre le travelling et le zoom (qui compense le travelling dans le sens opposé) se traduit par le fait que le sujet reste à la même taille. Seul l’arrière-plan change radicalement de taille, ce qui confère à ce type de plan son caractère dramatique si recherché. Ce mouvement est toutefois difficile à obtenir, mais pas impossible avec une bonne coordination !



Zoom avant : la caméra reste fixe et la focale varie.



Travelling avant : la camera se déplace vers la table. Notez la variation de perspective (positionnement des objets sur la table, disparition du bouquet sur la gauche), contrairement au zoom.

Si il reste un mouvement classique en cinéma, le travelling est peu usité en vidéo. Il a en effet la mauvaise réputation d’être assez complexe et coûteux à mettre en ouvre : la caméra repose sur un chariot qui se déplace guidé sur des rails, ce qui nécessite un matériel assez perfectionné. Or, on peut facilement trouver des alternatives à un budget limité ; un simple chariot de manutention déplacé à même le sol sur lequel se place le cadreur donnera déjà un meilleur résultat qu’un mouvement à main levée. Cependant, l’idéal reste d’avoir un système guidé par des rails, ce qui assure une translation et une fluidité parfaite. Les caméras DV offrent l’avantage d’un encombrement et poids réduit ;si vous vous sentez l’âme d’un bricoleur, une planche agrémentée de roues de skate board, le tout reposant sur un système de guidage (rails) peut facilement donner de bons résultats. On trouve aussi dans le commerce des systèmes de travelling spécifiquement développés pour les petits caméscopes, et donc beaucoup plus abordables que leurs grands frères destinés au monde du cinéma. Le Universal Tracking Dolly de la firme britannique Hague est constitué d’un petit chariot (dolly), qui se place sur des rails en PVC, sur lequel on pose directement le trépied de la caméra. Lors de nos tests, ce système a donné des mouvements impeccablement coulés, qu’il aurait été impossible de reproduire à la main. Le kit comprend 2x6 mètres de rails et est proposé pour moins de 200 £. La preuve qu’avec un système simple, on peut reproduire des mouvements dignes de productions à gros budget.


Universal Tracking Dolly de Hague se constitue de plusieurs tubes PVC qui forment les rails sur lesquels repose un cadre à roulettes qui supporte le trépied.


Grues
Si vous visionnez n’importe quelle scène d’ouverture d’un long métrage, il y a fort à parier que le premier plan après le générique soit un plan de situation réalisé à la grue : la caméra située à plusieurs mètres au-dessus du sol décent lentement, nous révélant progressivement l’environnement dans lequel se situe l’action. L’intérêt de ce type de mouvement est double; d’une part il nous offre un point de vue qui va bien au-delà du regard d’une caméra à hauteur d’homme, d’autre part il confère au film une dimension esthétique indéniable. Une grue est composée d’un support sur lequel repose un bras : on y fixe la caméra à une extrémité et l’on équilibre le tout par des contrepoids à l’autre extrémité. Le mouvement le plus souvent de type vertical ; l’axe d’articulation du bras étant beaucoup plus proche des contrepoids que de la caméra, le déplacement de la caméra est amplifié par rapport à celui des contrepoids. On obtient facilement des déplacements verticaux sur plusieurs mètres, atteignant ainsi des points de vue privilégiés. Néanmoins la caméra n’est pas limitée à un déplacement vertical ; l’axe du bras est aussi orienté horizontalement. La caméra peut aussi être orienté sur l’extrémité du bras par un système de commande à distance; elle permet ainsi de combiner un mouvement de grue et de tilt. On associe aussi souvent un système de travelling à une grue : la caméra avance alors tout en descendant. Bref vous l’aurez compris, la combinaison de mouvements de grue n’a de limites que celles de l’imagination. Car ces systèmes qui étaient il y a encore quelques années l’exclusivité des productions à très gros budgets se sont démocratisés aujourd’hui. On trouve sur le marché plusieurs systèmes de grues spécialement destinées aux caméscopes numériques légers (XL1, VX-2000…), à un tarif abordable par le commun des mortels Le CobraCrane de Promax est un système ingénieux qui se fixe sur le trépied d’origine (à condition qu’il soit suffisamment solide pour supporter une vingtaine de kilos !). C ’est de loin le meilleur rapport qualité-prix actuel, avec un premier prix de 200 $ (les tarifs varient selon le poids de la caméra, la hauteur de la grue et les accessoires). Le secret du CobraCrane est d’utiliser la tête fluide du trépied ; il peut donc évoluer verticalement et horizontalement. De plus, un ingénieux système de câble et de poulie commande l’inclinaison verticale de la caméra au bout du bras par le levier du trépied. Le tout se dirige du bout des doigts grâce aux contrepoids qui équilibrent le bras ; de superbes mouvements sont réalisables avec un peu d’entraînement. Gardez à l’esprit que le secret d’un mouvement de grue réside dans la composition de l’image: comme pour le travelling, le plan prend toute son ampleur avec la notion de profondeur qu’il induit. Pensez à concevoir le mouvement avec des objets au premier plan ; par exemple les feuilles d’un arbre, une colonne…



Mouvement de grue verticale ; la caméra décent lentement pour arriver sur la table. Le chandelier et le bouquet en premier plan donnent plus de profondeur au mouvement.


Le CobraCrane de Promax permet de monter la caméra jusqu’à 3 mètres au-dessus du sol.


Caméra portée
C’est un fait, les années 90 ont été celles de la libération des caméras. Faites un test : vous avez sûrement chez vous de vielles bandes vidéo, vous savez celle que l’on enregistre à la télé depuis 15 ans sans les regarder. Et bien comparez une production datant des années 80 (émission TV, reportage, clip…) à une autre enregistrée 10 ans après. En une décennie, le rythme (durée des plans dans le montage) s’est franchement accéléré : il était courant de rester plus de 30 secondes sur un même plan il y a 15 ans, chose impensable de nos jours ! Parallèlement, les caméras ont quitté les trépieds pour pouvoir évoluer librement : à la stabilité statique d’un plan conventionnel, on a privilégié le dynamise réaliste d’un mouvement en caméra portée. Vous vous souvenez peut-être de cette émission sur MTV ou le présentateur jouait avec la caméra : un style à l’époque totalement innovateur, qui depuis a été plagié, mais pas toujours avec succès. Le principe est de rendre la caméra totalement mobile : le mouvement n’est plus contraint par des rails ou une grue, car la caméra se dirige aussi librement que le cadreur peut la manipuler. C’est le mouvement typique pour décrire un lieu ; la caméra est transportée d’un point à un autre, rencontrant sur son passage divers objets, personnages… autant d’informations en un plan séquence que le réalisateur aurait pu nous donner en enchaînant une série de plans fixes cuts. Il ne faut pas hésiter à laisser le mouvement se guider par les objets qu’il rencontre ; en suivant par exemple un personnage en déplacement croisé à l’improviste. Un mouvement en caméra portée induit une notion de perception subjective ; le réalisateur nous fait part de la vision du personnage, tout en y apportant dynamisme et esthétisme. Mais la caméra porté confère aussi à un plan un effet « réaliste ». En effet, un mouvement avec quelques petites imperfections au niveau de la stabilité paraît pris sur le vif, se rapprochant plus du style du reportage journalistique que de la fiction cinématographique. Certains réalisateurs hollywoodiens comme Steven Soderbergh sont d’ailleurs de grands adeptes de ce style.
Si effectuer des mouvements en caméra portée est relativement aisé avec une caméra professionnelle suffisamment lourde, il n’en est pas de même avec les petits caméscopes portables, beaucoup plus légers et donc moins stables. Le Steadicam est système à l’origine développé par Garett Brown pour les caméras Betacam ; il a depuis à été adapté aux caméras DV. Le Steadicam Junior se présente comme un bras articulé agrémenté d’un système de contrepoids qui absorbe les chocs lors du déplacement, rendant ainsi le mouvement très fluide. Plusieurs constructeurs ont développé des systèmes dérivés du Steadicam : l’un de ceux qui a retenu notre attention est le SteadyTracker de Promax. Le système est beaucoup plus simple que le Steadicam original, mais aussi beaucoup moins cher (à partir de 200 $). Il s’agit d’un simple bras équilibré de manière à ce que la main du cadreur soit au centre de gravité de l ‘ensemble caméra-SteadyTracker. C’est ainsi l’avant-bras qui absorbe les chocs ; un procédé aussi simple qu’ingénieux qui donne d’excellents résultats dans des conditions extrêmes (escaliers, rochers…).


Le SteadyTracker de Promax est un moyen simple mais efficace de stabiliser un mouvement en caméra portée.


Merci au Moulin de Chaugenet pour la mise à disposition de leurs locaux lors de nos tests.




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