ECLAIRAGES
Avant les effets, corrections et autres traitements, la vidéo requiert d’abord une lumière soignée. Nous nous intéresserons d’abord aux caractéristiques de la lumière, puis passerons en revue les différents types de matériels, avant d'aborderer enfin quelques techniques de base.
CARACTERISTIQUES
Intensité
Notre perception du monde est avant tout visuelle. La lumière se réfléchie sur les objets avant de parvenir à nos yeux, une partie des radiations étant au passage absorbé. La pupille s’adapte à l’intensité lumineuse disponible, se dilatant ou se contractant pour en réguler le flux. Le principe d’une caméra est similaire : le diaphragme gère la quantité de lumière qui atteint le capteur CCD. Mais la comparaison s’arrête là : les performances d’une caméra n’ont rien à voir avec celles d’un oeil humain ! En effet le contraste maximum que l’il peut percevoir est 20 fois supérieur à celui d’une caméra vidéo ! Jugez plutôt :l’intensité lumineuse, que l’on mesure en lux, varie entre 100 000 lux (lumière du soleil), et 1 lux (clair de lune). En moyenne, les plateaux de tournage sont éclairés à 1000 lux, mais une caméra peut produire une image décente avec un minimum de 10 lux. Rappelez vous qu’une caméra est un transducteur ; elle transforme l’énergie électromagnétique (lumière) en énergie électrique (signal). Le niveau d’un signal vidéo est normalisé entre 0 mV (noir) et 700 mV (blanc) : ceux d’une image bien exposée doivent donc être répartis uniformément entre ces deux valeurs. Si le diaphragme n’est pas assez ouvert, la quantité de lumière captée est trop faible, le signal est écrasé et l’image est sous-exposée. A l’opposé, si le diaphragme est trop ouvert, la quantité de lumière est trop importante, le niveau du signal est collé autour de 700 mV et l’image est sur-exposée. L’éclairage doit donc permettre d’adapter les niveaux lumineux dans la plage sensible de la caméra.
L’intensité lumineuse n’est pas constante mais varie en fonction de la distance à la source: plus celle-ci est éloignée, plus l’intensité reçue est faible. Sans rentrer trop dans les détails, retenez que l’intensité lumineuse est inversement proportionnelle au carré de la distance entre la source et l’objet éclairé. En d’autres termes, chaque fois que l’on multiple la distance à la source par 2, l’intensité est divisée par 4. Par exemple, si une source produit à 5 mètres une intensité de 1000 lux, celle-ci tombe à 250 lux à 10 mètres. La morale de l’histoire : l’intensité d’une source peut se contrôler tout simplement en faisant varier sa distance par rapport à l’objet éclairé.
A gauche, l’image est sous-exposée : les noirs sont écrasés à 0 mV (0%). A droite, l’image est sur-exposée : les blancs sont brûlés à 700 mV (100%)
Température
Petit rappel de physique : la lumière blanche est constituée de l’ensemble des rayonnements visibles du spectre électromagnétique. Ainsi en vidéo, l’addition (à un facteur près) des trois couleurs primaires rouge, vert et bleu nous donne le blanc. Cette notion de blanc théorique reste cependant relative dans la pratique: la lumière du soleil ne produit pas le type de lumière blanche qu’un éclairage artificiel. On parle alors de température de couleur. Cette différence nous échappe souvent : l’il humain s’accoutumant très bien aux différences de température de couleur. Au contraire, une caméra a besoin d’une référence : la composition du blanc doit lui être indiquée très précisément. La référence peut être faite en fonction de presets d’usines disponibles d’origine (extérieur, intérieur
) ou manuellement lors d’une balance des blancs : l’objectif pointe une feuille de papier blanc soumise à l’éclairage ambiant qui est pris comme référence.
La température de couleur se mesure très précisément en degrés Kelvin. Mais au fait pourquoi se servir d’une unité de mesure de température pour référencer des couleurs? La correspondance s’explique simplement par le fait qu’un corps noir chauffé à une température donnée prends différentes couleurs : d’ou l’adoption des degrés Kelvin. Ainsi, la lumière du soleil à une température d’environ 5600 °K (cette valeur n’étant pas une constante absolue), les éclairages fluorescents de l’ordre de 4800 °K, et les sources incandescentes (comme les lampes à quartz couramment employées en vidéo) de 3200 °K. Un bon éclairage doit donc équilibrer de toutes les sources en présence de manière à obtenir une température de couleur homogène.

A chaque type de source lumineuse correspond une température de couleur différente.
Qualité
La qualité de la lumière, aussi appelée cohérence, induit une notion de diffusion, elle même associée à une idée de dureté. Une lumière dure se caractérise par un point source aux rayons parallèles : elle génère des ombres franches et un fort contraste qui font fortement ressortir tous les détails. A l’extrême, utilisée sur un visage, elle en souligne toutes les imperfections. Une lumière douce se caractérise par une source diffuse : la lumière moins directive engendre des ombres plus douces et moins de détails. Elle produit aussi généralement moins de relief, mais permet par exemple de gommer les imperfections d’un visage.

Lumière dure : les ombres sont franches et le détail contrasté.

Lumière douce : les ombres sont plus légères et le relief moins présent.
MATERIEL
Un bon éclairage requiert un matériel spécialisé. En vidéo, il existe principalement trois grandes catégories d’éclairages. Les lampes incandescentes,aussi appelées lampes à quartz, sont les plus communes. Contrairement aux lampes d’usage courant, leur température de couleur
reste constante (en général 3200 °K) , et elles ne noircissent pas en vieillissant . Malgré leur faible puissance (au maximum 1kW) qui les limite à une utilisation intérieure, elles dégagent une forte chaleur, ce qui impose de prendre certaines précautions, comme de ne jamais toucher l’ampoule avec les doigts. En effet, les résidus gras laissé par la peau créent une fois la lampe allumée une terrible accumulation de chaleur qui les fait facilement exploser. Les lampes sont logées dans un habitacle muni d’un réflecteur qui permet d’optimiser l’intensité de l’éclairage. Les spots sont souvent agrémentés de volets, qui contrôlent « l’arrosage » du faisceau lumineux .
Mais pour s’assurer d’un contrôle optimal sur la directivité, l’idéal reste les Fresnel. Ces spots sont pourvus d’une lentille dite de Fresnel, baptisée ainsi en hommage à son inventeur, un physicien français. Ils sont particulièrement appréciés en vidéo pour leur caractère polyvalent, car ils permettent d’obtenir une très grande précision sur la qualité (cohérence) du faisceau. Enfin, les lampes HMI (Hydrargyrum Medium-Arc lenght Iodine) sont les plus puissantes, capables de délivrer une très forte intensité lumineuse, associée à une température de couleur identique à la lumière du soleil. Le rendement étant bien meilleur qu ‘avec une lampe à quartz, la déperdition de chaleur est plus faible. C’est un peu l’artillerie lourde des éclairages : on les utilise lorsque le tournage requiert une importante puissance (en intérieur mais aussi extérieur).
Modèles et tarifs
Si les HMI et les Fresnel restent hors de portée des petits budgets, on peut facilement se constituer un kit d’éclairage à partir de spots à quartz. Le modèle le plus répandu reste la mandarine ( baptisé ainsi pour sa forme ronde et de sa couleur orange). Sa puissance maximale se limite à 1KW, ce qui est suffisant pour se sortir de nombreuses situations (interview, reportage
). Leur tarif bon marché (autour 200 €) est garant de leur succès. D’autres modèles, bien qu’à l’origine développés pour la photo, retiennent l’attention des vidéastes. Tota-light et Omni-light de la marque Lowel (www.lowel.com),distribués en France par Central Pro (www.central-pro.fr), sont deux références de base, idéales pour constituer un kit.

Le Tota-light de Lowel est muni de deux réflecteurs orientables.

L’Omni-light de Lowel avec son système de volets orientables optionnel.
Accessoires
Si vous filmez près d’une fenêtre, le mélange des températures entre lumière naturelle et artificielle peut facilement ruiner une prise. Comme nous le mentionnions le mois dernier, il est impératif d’équilibrer les températures des sources en présence . Rosco (www.rosco.com) et Lee (www.leefilters.com) proposent toute une palette de gélatines correctrices destinées à être placées devant le spot. Lors d’une prise près d’une fenêtre, le filtre 201 Full CT Blue de Lee corrige la lumière de la lampe incandescente (3200 °K ) en une lumière du jour (5700°K), ce qui équilibre lumière artificielle et naturelle. L’intensité fournie par le spot reste constante (à mois de bénéficier d’un variateur de puissance). Pour la diminuer, on a souvent recours à des filtres ND (Neutral Density ou densité neutre) qui réduisent l’intensité de l’éclairage, sans en modifier la température de couleur. Enfin, pour intervenir sur la qualité (cohérence) de la lumière, on peut procéder de différentes façons. Les sources comme les mandarines ont par défaut une qualité d’éclairage assez dure, que l’on recherche à adoucir. La technique la plus simple consiste à utiliser la source de manière indirecte, en la projetant à l’opposé du sujet visé vers un réflecteur, qui en atténue la dureté. Vous pouvez utiliser un carton blanc, ou un parapluie, comme en photo. En vidéo, on a souvent recours à des matériau de diffusion, dont le plus connu est le spun ; une étoffe de polyamide blanche résistante à la chaleur. Chez Lee, le spun, comme les gélatines, se décline en plusieurs forces de diffusion : entier, demi
selon l’intensité de l’effet souhaité. Toutes les nuances possibles s’obtiennent ainsi très facilement.

Full Tough Spun et gélatine Full CT de Lee convertissent une source 3200°K dure en source 5700°K douce.
TECHNIQUES
Si la vidéo est un média à deux dimensions, la lumière peut influencer considérablement notre perception de profondeur. Un bon spécialiste en matière d’éclairage s’apparente à un sculpteur : en répartissant ses source, il sait jouer avec les volumes et les formes. Aussi il n’existe pas une recette unique, car on peut obtenir toute une diversité d’apparences différentes. Cependant, la technique de base la plus utilisée est l’éclairage à 3 points. Elle se caractérise par le placement de 3 sources distinctes autour du sujet. Avant de commencer, il est impératif de faire le noir total dans le lieu de prise de vue. Éteignez toutes les sources ambiantes (néons, halogènes, lustres, lampes de bureau
). Fermez les fenêtres, et masquez les autre ouvertures (baies, plafonds ouverts
) à l’aide de tissu suffisamment opaque maintenu par du gaffer (un adhésif très résistant est qui ne laisse aucune trace). Toutes ces dispositions garantissent un contrôle total sur l’éclairage, sans qu’aucun parasite (néon, soleil) ne vienne interférer avec votre éclairage. Si vous ne pouvez faire le noir total, pensez à équilibrer les températures de couleur. En effet, une différence de température de couleur trop importante risque de totalement ruiner un plan. Le plus courant est de filtrer les spots à l’aide de gélatines CT Blue. Définissez ensuite la zone à éclairer : inutile de vouloir arroser toute une pièce si vous filmez simplement une personne immobile dans un coin. Plus la zone à éclairer est réduite, plus le travail sur l’éclairage sera facile. Pensez aussi à préciser à vos intervenants, si ils doivent se déplacer, de ne pas la faire en dehors de la zone définie. En général, on symbolise les positions clés par une petite croix au sol (réalisée à l’aide de gaffer).
Une fois ce travail préliminaire terminé, nous pouvons commencer à placer nos sources. La source principale (en anglais key light), se positionne à un angle variant entre 30 et 45° par rapport à l’axe de la caméra. Pourquoi un tel décalage ? Pensez simplement aux photos prises avec un flash : la lumière écrase complètement le sujet, car elle se trouve sur l’axe de l’objectif. En décalant légèrement la source lumineuse, on obtient ainsi un dissymétrie entre les deux cotés, ce qui donne plus de relief. Pour ne pas être trop écrasante ni trop rasante, la source principale se place en plongée sur le sujet à environ 45° d’élévation. L’intensité de la source varie en fonction du sujet à illuminer. Prenons le cas d’une seule personne filmée à environ 2 m : un spot entre 500 et 1000 W convient . Dans notre exemple, nous utiliserons une lampe de 600 W. Si vous devez en diminuer l’intensité, la solution la plus simple consiste à éloigner le spot de la source (l’intensité est divisée par 4 lorsque la distance double). Si vous êtes limité par l’espace, utilisez des filtres Neutral Density. La cohérence de la source dépend du type d’effet souhaité : pour éclairer une personne, on privilégiera en règle général une lumière douce, ce qui assure un résultat plus flatteur. Pour adoucir notre source, nous ajouterons un spun.
La seconde source est la lumière d’appoint (fill light en anglais), dont le rôle est de contre-balancer la source principale. Elle se place à un angle de 90° par rapport à la Key Light, mais de l’autre coté de la caméra. Seule, la source primaire produit un fort contraste et des ombres trop profondes pour êtres prises en compte par un format vidéo. En ajoutant une source d’appoint on diminue ce contraste, sans toutefois obtenir la même intensité qu’avec la source primaire. La puissance de la source secondaire doit atteindre la moitié de celle de la source primaire : 300 W dans notre exemple. Si vous n’avez pas un rapport de puissance exacte, ajustez l’éloignement de la source secondaire ou ajoutez des filtres ND. L’angle d’élévation est souvent inférieur à celui de la source primaire, mais ce n’est pas une règle absolue. Il est aussi conseillé d’adoucir au maximum la source secondaire, celle-ci devant effacer les ombres de la lumière principale. Si vous n’avez qu’une source principale ou que vous filmez en extérieur, vous pouvez utiliser un réflecteur (voir rubrique astuces). De même, si vous tournez en intérieur près d’une fenêtre qui ne peut être occultée, pensez à utiliser la fenêtre comme source d’appoint, à condition d’en compenser la température de couleur. A ce stade-là nous obtenons une image équilibrée : le contraste est réduit, et les volumes sont préservés. Bon nombre de situations simples sont éclairées uniquement avec deux sources. Mais on peut faire mieux en ajoutant une troisième source : la lumière en contre jour (back light en anglais), que l’on place derrière le sujet, face à la caméra. Son rôle est de détacher le sujet de l’arrière plan en produisant un subtil halo sur les contours (les cheveux, les vêtements). Elle s’incline d’une élévation d’environ 45° pour éviter d’être dans le champ de la caméra. Son intensité est souvent de 50 % de celle de la source principale, cette valeur variant selon l’effet souhaité. Enfin, en bonus et pour les plus fortunés, une quatrième source peut servir à éclairer le décor. Pensez simplement à la détacher suffisamment du sujet pour éviter qu’elle ne vienne l’arroser.

Disposition des sources pour un éclairage à trois points.

La source principale définit les volumes.

Une source d’appoint est ajoutée et réduit les contrastes.

La lumière en contre-jour est ajoutée : elle produit un subtil halo sur les contours du sujet qui le détache de l’arrière-plan.
Ce petit tour d’horizon sur les éclairages étant achevé, vous avez toutes les clés en main pour vous sortir de bon nombre de situations. À vous d’expérimenter, la méthode d’éclairage à trois points constituant une base de départ, qu’il ne faut pas hésiter à agrémenter en fonction de vos besoins.
© 2004 Xplorer studio